Nouvelles Èves

Les nouvelles Ève

Par Stéphane Théri.


Comme c'est simple ! Il me suffit de fermer les yeux et me voilà libérée de toutes pressions. Plongée dans une obscurité salvatrice, une lumière me ramène à l'essentiel, ce que je suis, une femme. Oui, juste une femme et cette coupure temporaire avec le reste du Monde, c'est une parcelle de terre que seul mon esprit peut fouler. Cette terre, c'est celle de mes ancêtres. Enfouie au plus profond de mon coeur, elle me transporte sur le sol de mes origines. Je marche paisiblement sur un chemin de terre ocre et mon esprit me rappelle mes jeux d'hier, mes rires et toutes les joies de mon parcours de petite fille. Mon village, mes grands parents, toutes ces femmes affairées à préparer le repas sont là. Par magie et comme ci j'étais réellement retournée là-bas, j'ai la sensation que le soleil réchauffe mon épiderme. Mon esprit, au contraire, flotte et me pose à l'ombre si salvatrice des arbres par l'espace de fraicheur dans lequel nous pouvions crier, bouger et nous amuser sans être trop anéantis par la chaleur. Je suis de nouveau cette petite fille aux oreilles de laquelle personne ne crie plus d'insultes ou de noms d'oiseaux. Je suis de nouveau une petite fille pleine de vie, plus aucune empreinte de malveillance pèse sur mes épaules et sur mes pas. J'entends le cri sourd qu'ils devraient tous entendre : «Je suis comme vous, ma couleur de peau ne rend pas les humains différents, j'ai un coeur aussi et il est grand ouvert.». Ma mère disparue me caresse de nouveau le visage et mon père me porte sur ses épaules pour m'emmener à l'aventure. Comme j'ai été chanceuse de recevoir tant d'amour. Jusqu'a mon arrivée dans ce nouveau pays, sur cette terre aux mille promesses tant vantées par les rumeurs, je n'avais sur mon visage que les traits de tout l'amour reçu des uns et des autres. Réouvrir mes yeux n'est jamais chose simple. C'est comme si je me jetait sempiternellement dans un puit au fond duquel toutes les couleurs du bonheur disparaissent ou deviennent plus sombre. Avant d'ordonner le moindre «Ouvrez-vous» à mes paupières, je respire longuement et très fort. Je renvoie la petite fille à sa vie de rêve et m'apprête à enfiler le costume étriquée de l'étrangère. Je la regarde partir. Elle porte tout ce que ma couleur de peau ne devrait pas empêcher, les envies d'aimer, d'embrasser, de prendre la vie comme cette petite fille, à bras le corps. Je compte jusqu'à trois et j'y retourne. Je n'ai hélas pas le choix.

Ève 12
Ève 10
Ève 11
Ève 9

The new Eve

by Stéphane Théri.


How simple it is! All I have to do is close my eyes and I am free of all pressures. Plunged in a saving darkness, a light brings me back to the essential, what I am, a woman. Yes, just a woman and this temporary break with the rest of the world is a piece of land that only my spirit can walk on. This land is that of my ancestors. Buried deep in my heart, it transports me to the soil of my origins. I walk peacefully on a path of ochre earth and my spirit reminds me of my games of yesterday, my laughter and all the joys of my childhood. My village, my grandparents, all these women busy preparing the meal are there. By magic and as if I had really gone back there, I have the feeling that the sun warms my skin. My mind, on the contrary, floats and settles in the so saving shade of the trees by the space of coolness in which we could shout, move and have fun without being too much annihilated by the heat. I am again that little girl to whom no one shouts insults or names of birds anymore. I am again a little girl full of life, no more malice weighing on my shoulders and on my steps. I hear the muffled cry that they should all hear: "I am like you, my skin color does not make humans different, I have a heart too and it is wide open. My missing mother strokes my face again and my father carries me on his shoulders to take me on an adventure. How lucky I was to receive so much love. Until I arrived in this new country, in this land of a thousand promises so much praised by the rumors, I only had on my face the features of all the love received from one another. Reopening my eyes is never easy. It's as if I were constantly throwing myself into a well at the bottom of which all the colors of happiness disappear or become darker. Before ordering the slightest "Open up" to my eyelids, I breathe long and hard. I send the little girl back to her dream life and get ready to put on the tight costume of the stranger. I watch her leave. She carries everything that my skin color should not prevent, the desires to love, to embrace, to take life like this little girl, with her arms. I count to three and go back. Unfortunately, I have no choice. I just have to close my eyes and ...


Pace

On l'a senti venir, à travers les manifestations, les raz--le-bol, les rugissements des peuples qui se réveillent. de partout le vacarme le chaos, l'illusion d'une information surgissant par rafales. Que croire, qui suivre? Le mensonge érigé en vérité, la vérité ridiculisée, et est-ce bien la vérité?

L'a-t-on jamais connue? je cherche la vérité, je cherche ma vérité , celle qui me permettrait d'accepter d'être de ce monde? Juste d'y trouver ce que je pourrais transformer en foyer? Un semblant de Pace.

Où?

J'ai cherché dehors, sur les cinq continent, d'autres s'envoient dans l'espace. Mais c'est dedans juste en fermant les yeux et en respirant que je l'ai trouvée. C'est dedans que j'ai fondé cet espace et que j'y ai trouvé ma vérité.

La Nouvelle Ève se révèle à elle-même avant de naître aux autres. Dans le flux et le reflux de son souffle, elle se régénère et crée un nouveau monde où elle se donne le droit d'Être.

Pace

We felt it coming, through the demonstrations, the raz--le-bol, the roars of the people who are waking up. from everywhere the noise of chaos, the illusion of information springing up in bursts. What to believe, who to follow? The lie erected in truth, the truth ridiculed. ...And is it the truth?

Has it ever been known? I seek the truth, I seek my truth, that which would allow me to accept to be of this world... Just to find out what I could turn into a home? A semblance of Pace.

Where?

I've been looking outside, on all five continents, others are going into space. But it's in just by closing your eyes and breathing that I found it. It is inside that I founded this space and found my truth.

The New Eve reveals herself before being born to others. In the flow and reflux of her breath, she regenerates and creates a new world where she gives herself the right to Be.

© 2017 Felisgeme
Optimisé par Webnode
Créez votre site web gratuitement !